-Duo, ton rhume n'est pas encore tout à fait guéri...
-Mais si, je te dis.
Depuis qu'il avait attrapé un rhume deux jours auparavant, les deux
Asiatiques passaient leur temps à le couvrir comme une nonne à
chaque fois qu'il mettait le nez dehors. Ils l'enveloppaient d'épaisseurs
de couvertures, le forçaient à dormir entre eux deux. Il avait
droit à des médicaments étranges, des soupes (de poisson)
chaudes, et des litres et des litres de thé, aussi chaud.
Aussi agréable que ce soit de voir des gens s'inquiéter pour
lui, il en avait marre.
Surtout des soupes de poisson.
-Je suis guéri, je vous dis.
-Ce matin tu étais tout enroué, répliqua Wufei. Tu as
à peine pu crier sur Heero.
-Eh bien, je guérirai plus vite quand j'aurai mangé de la viande,
répondit l'Anglais, mains sur les hanches.
Wufei soupira.
-Têtu.
-Comme une mule, agréa fièrement l'homme à la natte.
-Et il en est fier, grommela Heero.
-Ecoutez, je vais juste attraper un lapin et je reviens, c'est pas comme si
je visais un sanglier.
-Non mais eux peuvent te viser, répliqua Heero d'un ton cynique.
Duo fronça les sourcils.
-Ca suffit. Je suis un adulte, je prends mes décisions. Si je vous dis
que je peux sortir, c'est que c'est le cas.
Voyant leur air contrit, il soupira.
-Je promets de faire attention. Et puis... Tiens, je pourrais demander à
Takeshi de m'accompagner.
-Non, répliquèrent d'une même voix les deux Asiatiques.
-Pourquoi?
-Tu vas te faire culbuter dans un buisson, voilà pourquoi.
-Ca et tu ferais mieux de garder la faveur qu'il te doit pour quelque chose
de plus important.
Rougissant, Duo céda.
-D'accord, d'accord. Bon, je vais pas rester là toute la journée,
moi. A plus!
Sur ce, il se dépêcha de sortir, avant qu'ils ne trouvent une
autre raison de le retarder.
oOo
Deathscythe l'accompagna pendant une petite demi-heure, mais une fois qu'ils
furent au milieu de la forêt il lui fit signe de rentrer. Le terrain était
trop accidenté pour elle.
D'après les traces, il y avait quelques terriers dans les rochers près
de la rivière, mais la mousse rendait la rocaille glissante. Ce n'était
pas le moment de se casser quelque chose en tombant.
Après avoir manqué trois lapins (c'était tout la faute
à l'arc) il décida de changer d'endroit. Toutes les bestioles
du coin étaient sans doute en train de rigoler derrière son dos.
Il remonta encore, restant près de l'eau pour qu'elle étouffe
son odeur et le bruit de ses pas... et manqua se péter la gueule tête
la première dans la flotte quand son tibia rencontra quelque chose qui
avait été dissimulé dans les hautes herbes.
-Houlà...
La rivière était profonde à cet endroit, et rapide aussi,
la berge escarpée; sans doute dû à la cascade un peu en
amont. Ce n'était pas un endroit idéal pour piquer une tête.
Jetant un coup d'il derrière lui, il s'aperçut qu'il n'avait
pas trébuché sur une branche mais sur un bloc de pierre.
Pour être plus précis, une espèce de petite maison carrée,
dont il manquait la façade et à l'intérieur de laquelle
on avait placé une petite statue de dragon. L'anguille géante
miniature était lovée sur elle-même, griffes brandies et
crocs découverts d'un air féroce. Devant la statue se trouvaient
deux bols de riz et des poissons enveloppés de grandes feuilles. Duo
se demanda ce que signifiaient les drôles de caractères gravés
sur la base, mais sa connaissance de la langue japonaise était uniquement
orale; l'idée qu'il put y avoir un dessin différent pour chaque
mot avait trucidé tout l'intérêt qu'il avait eu à
l'apprendre. Il pouvait reconnaître la manière dont les Japonais
écrivaient son nom, mais était bien infoutu de redessiner ça
de tête.
-Je me demande ce que ça veut dire, ce charabia, marmonna-t-il en traçant
les lignes gracieuses du doigt.
-Eh bien...
Surpris, Duo se releva d'un bond.
Et perdit l'équilibre.
Il se sentit agrippé par le poignet, tiré en avant, et deux secondes
plus tard se retrouvait agenouillé sur le sol, dans les bras de Heero.
Stupéfait, il essaya de reculer, mais se rendit alors compte que la
prise du jeune homme était très solide. Peut-être même
un peu trop.
-Ouch! Heero, je peux plus respirer!
-Désolé, s'excusa l'adolescent, mais il ne le laissa pas partir
pour autant.
L'Anglais se fit la réflexion que c'était étrange que
Heero ne se moque pas de lui; d'habitude quand il l'attrapait dans une position
compromettante il ne se privait pas de ricaner. Mais là, il semblait...
sérieux.
Effrayé.
-... Heero?
-Imbécile!!
L'Européen cligna des yeux, pris par surprise. Le petit Japonais avait
beau être vulgaire, c'était la première fois qu'il l'injuriait.
-Qu'est-ce que j'ai encore fait? Protesta-t-il en essayant encore une fois
de se dégager.
-Y a déjà quelqu'un qui s'est noyé ici!
-J'allais pas piquer une tête, tu sais, grommela Duo en s'asseyant à
côté de Heero sur l'herbe.
L'adolescent refusait de relâcher sa prise sur lui, aussi il se résolut
à lui tapoter gentiment les bras pour indiquer qu'il n'allait pas tomber
plus bas et qu'il pouvait le lâcher.
-La berge est traître, le courant l'a creusée par en-dessous.
Le plus sûr c'est de ne pas s'approcher à moins de deux mètres.
Duo regarda la pente, puis l'endroit où ils étaient assis, juste
à côté du petit cube de pierre.
-On est à l'abri ici, non?
Lentement, Heero laissa retomber l'une de ses mains, mais l'autre resta dans
le dos de Duo, sa main fermement accrochée à la ceinture de son
hakama. Il semblait se calmer lentement, mais il n'avait toujours pas l'air
dans son état normal, aussi Duo ne protesta pas contre ce qui, en temps
ordinaire, lui aurait paru une tentative de pelotage.
-Heu... tiens, tu peux lire ce qu'il y a d'écrit ici? Demanda-t-il en
pointant vers les signes gravés dans la roche.
Se penchant par-dessus ses cuisses pour leur jeter un coup d'il, Heero
hocha la tête, et se rassis, sa hanche contre celle de l'Européen.
Il avait l'air d'avoir repris ses esprits, mais il était toujours un
peu pâle, aussi Duo décida d'être charitable et de ne pas
le repousser. Il avait l'impression que c'était plus une tentative de
réconfort que de séduction.
-Ici naquit Yuy Ichiro, dragon protecteur de la rivière née de
la montagne Eruan.
-Ichiro est né ici? releva Duo. Je savais pas que ça naissait,
les dragons.
-Pas tout à fait au sens où tu l'entends; les dragons sont des
êtres appartenant au royaume spirituel autant que physique. Wufei en sait
plus que moi, ajouta-t-il en levant la main pour couper court aux questions.
Duo hocha la tête, acceptant qu'il ne pouvait l'aider.
Ils écoutèrent la rivière gargouiller pendant quelques
minutes avant que Duo ne décide qu'il avait été suffisamment
tolérant des doigts dans sa ceinture.
-Au fait, tu me suivais? Demanda-t-il en s'écartant un peu.
-Non, répondit Heero. Enfin... un peu. Je viens souvent ici pour entretenir
le temple, j'ai vu tes traces et décidé de te rejoindre.
-Le temple?
-Ca, répondit le garçon en pointant du doigt vers le cube de
pierre. Je viens récupérer les offrandes régulièrement.
-Une minute, protesta Duo, tu prends les offrandes?
-Bien sûr, répondit le gamin en se redressant.
-Mais c'est pas pour Ichiro?
-C'est pour le gardien de la rivière, répondit le garçon
en ramassant les bols. D'où tu crois que vient le riz que nous mangeons
tous les jours?
-Mais les gens savent que tu prends les offrandes?
-Bien sûr, soupira Heero.
Duo décida qu'il commençait à poser des questions de gaijin
stupide et laissa tomber. Après tout, Heero savait mieux que lui comment
respecter ses propres croyances.
-Bon bah je retourne chasser moi.
-Tu ferais mieux pas, répondit Heero calmement. Fei Long va faire pleuvoir
dans pas longtemps et tu n'es pas habillé pour ce genre de temps.
L'Européen en resta sans voix pendant au moins une demi-minute.
-... Il va faire pleuvoir? Attends, sans rire? Comment?
-Il est assez âgé pour influencer le temps et les villageois ont
prié pour de la pluie. Il fait trop chaud pour leurs récoltes.
-Whoa, souffla Duo.
Des dieux qui répondaient immédiatement aux prières de
leurs croyants, ça le changeait.
-On devrait commencer à rentrer maintenant, on va être mouillés
sinon.
-Tant pis pour ma viande quoi, ronchonna l'Anglais en emboîtant le pas
à l'adolescent.
oOo
Le temps qu'ils descendent la montagne jusqu'au lac, et la pluie tombait si
fort que Duo avait dû s'en remettre à Heero pour retrouver le chemin;
il était impossible de voir à plus de trois mètres devant
eux.
-Bon sang, quand il fait une pluie, il fait pas une petite pluie, hein? Commenta
Duo, criant pour se faire entendre.
Heero lui jeta un sourire amusé par-dessus son épaule.
-C'est vivifiant, hein?
-Je suis gelé!!
Il manqua glisser dans la boue et ne se rattrapa que de justesse.
-C'est loin?
-On y est. Maintenant faut qu'on traverse, répondit Heero en se dirigeant
vers le gué.
La rivière semblait plus houleuse que d'habitude, et moins accueillante
aussi. Probablement dû au fait qu'il pleuvait tant qu'il n'arrivait pas
à voir l'autre rive. Heureusement qu'il savait que l'île était
là, parce qu'il n'aurait jamais deviné tout seul.
-Bon bah c'est pas comme si je pouvais être plus mouillé que ça,
soupira-t-il en considérant sa veste trempée.
Il espéra que Daisy était à l'abri sous un arbre. Elle
avait déjà vu des temps pareils, elle s'en sortirait.
Quand ils ressortirent de l'eau, Duo se sentait à peine plus mouillé.
Il escalada les marches de deux bonds et frissonna sous la galerie en attendant
que Heero pousse la porte coulissante. Mais celui-ci l'empêcha d'entrer.
-Je pose juste ça, déclara-t-il en déposant les bols de
riz et le poisson à l'intérieur.
Duo vit la porte de la chambre se refermer avec horreur.
-Mais y fait froid! Et je suis mouillé!
-Justement, répliqua le Japonais en le dépassant, continuant
son chemin dans la galerie. On ne peut pas entrer comme ça dans la chambre.
-On va où?
-Salle de bain, répliqua le garçon.
Duo n'avait pas été au courant qu'ils avaient une salle de bain.
Il fallait dire aussi qu'ils passaient leur temps à se foutre mutuellement
à l'eau dans la rivière ou le lac; ils n'avaient pas besoin de
se laver.
Frissonnant, l'Anglais suivit son guide dans la petite salle de bain à
l'arrière de la maison.
Miracle des miracles, des volutes de vapeur s'échappaient de la grande
baignoire de bois creusée dans le sol, prouvant que l'eau était
chaude.
Heero était déjà en train de se déshabiller. Duo
l'imita, remisant sa pudeur au placard en attendant un temps plus doux. Ahh,
baignoire, tentatrice, prometteuse de mille merveilles...
-Non, non!! Duo!!
Duo cligna des yeux. Heero le retenait par le bras, fronçant les sourcils.
-On ne va pas directement dans le bain, voyons!
-Ah bon?
-Il faut se laver d'abord, lâcha Heero d'un ton sans réplique.
-Il faut être propre pour prendre son bain. C'est... logique.
Duo avait du mal à se retenir de grelotter, aussi il lui était
difficile de prendre le garçon au sérieux.
-Lave-toi avant ou c'est moi qui te lave.
C'était étrange mais tout à coup c'était plus facile
à faire.
Il se frictionna à l'eau tiède, essorant sa natte tant bien que
mal. Ses mains tremblaient et l'intérieur de ses cuisses était
bleu de froid. Mais il ne voulait pas que Heero le reprenne encore, aussi il
essaya de s'assurer qu'il était intégralement propre avant de
demander une nouvelle fois s'il pouvait accéder à la baignoire.
La troisième fois qu'il fit tomber le savon, l'adolescent le prit en
pitié.
-Allez, ça ne fait rien, mets-toi dans la baignoire.
Deux secondes plus tard Duo s'immergeait en soupirant de bien-être. La
température était presque suffisante pour le brûler mais
ça ne faisait rien; c'était mieux que de se geler.
-Fais-moi de la place.
Duo rouvrit les yeux, surpris. Bon, c'était logique, Heero devait avoir
froid et la baignoire était largement assez grande et -- oh merde. Vue
frontale. Et Petit Heero avait pas l'air d'avoir eu si froid que ça.
Gloups.
-Hé, pousse-toi.
Duo se décala obligeamment, repliant ses jambes pour laisser plus de
place. Ou se protéger, il n'était pas trop sûr. Soudain,
il faisait encore plus chaud dans la baignoire.
-Vous ne m'avez pas attendu à ce que je vois, lâcha Wufei en pénétrant
dans la pièce à son tour.
Ses vêtements étaient aussi trempés que les leurs, mais
il ne paraissait pas s'en soucier. Au contraire, il souriait, l'air fatigué
mais heureux. S'il avait eu l'air un tantinet moins viril, Duo l'aurait même
qualifié de radieux.
-Désolé, Duo avait froid.
Wufei agita la main, leur signifiant que c'était sans importance. Pour
un peu il se serait mis à chantonner. Duo se demanda ce qui s'était
passé.
La ceinture extérieure tomba sur le sol et les pans de son kimono supérieur
s'écartèrent, et il dénoua sa queue de cheval trop serrée
avec un plaisir apparent. Duo cligna des yeux; c'était la première
fois qu'il le voyait sans que ses cheveux ne soient tirés sévèrement
en arrière et ça le changeait presque autant que son expression
détendue.
Heero sortit de l'eau pour aller l'aider à retirer son lourd kimono,
le pliant proprement avant de le déposer sur une étagère.
Wufei dénoua une autre ceinture, laissa Heero lui ôter une autre
couche.
On aurait dit une cérémonie, presque; leurs attitudes étaient
chorégraphiées avec l'aisance d'une vieille habitude, et même
l'attitude d'habitude impertinente de Heero faisait place à une solennité
digne d'un rite sacré.
Ils avaient oublié qu'il était là, et Duo continua d'observer,
les yeux grands ouverts, se sentant soudain une âme de voyeur mais incapable
de détourner poliment le regard.
Et puis le dernier kimono tomba.
-Duo?
-Heu-- quoi?
-Range tes jambes, lâcha Heero, on a pas la place.
-Je ne me suis pas encore lavé, protesta Wufei.
-C'est pas grave, Duo non plus. On changera l'eau plus tard, c'est tout.
Duo n'écoutait pas vraiment, toujours fasciné par le tatouage
s'étalant sur le corps du Chinois. Un grand dragon aux contours bleus
ondoyait sur son torse, sa patte arrière sur la hanche du Wufei et le
bout de sa queue s'enroulant autour de sa cuisse. Duo ne se ressaisit que quand
le Chinois enjamba le rebord de la baignoire et se laissa glisser dans l'eau,
s'asseyant face à lui. Deux secondes plus tard, Heero les avait rejoints.
-Se laver dans le bain, comme c'est décadent, commenta Wufei avec un
sourire que Duo trouva dangereusement joyeux.
-... Décadent? Chez nous le bain c'est pour se laver, alors se laver
avant le bain, c'est stupide.
Heero renifla d'un air méprisant.
-Le bain, c'est pour se détendre, et c'est pas possible de se détendre
dans de l'eau crasseuse. C'est votre méthode qui est stupide.
-Continuez à vous chamailler et je vous coule tous les deux, commenta
Wufei, amusé.
Duo détourna le regard, boudeur, ignorant avec détermination
la tête du dragon bleuté qui pointait hors de l'eau.
-Ca te met de bonne humeur toi la pluie? Grommela-t-il.
-Oui.
Qu'était-il censé répondre à ça-- ACK!!!
Wufei venait de soulever une mèche de ses cheveux, lui frôlant
la nuque, et l'enroulait autour de son doigt d'un air tout naturel.
-Tu vas aggraver ton rhume avec tes cheveux pleins d'eau froide.
Duo se mit à rougir encore plus, et fut soulagé de pouvoir le
blâmer sur la température de l'eau.
-Heuuu...
-C'est vrai, tiens, intervint Heero. Retourne-toi, je vais te les laver.
-... mais...
-Tu peux laver ceux de Wufei, il est pas fichu de le faire tout seul.
Duo se rendit compte qu'il bégayait et décida de fermer la bouche.
Juste laver les cheveux, pas vrai? Rien d'autre? Il pouvait le faire.
Il se mit au travail, mouillant le crâne de Wufei avec de l'eau chaude.
Il pouvait le faire, se répéta-t-il en ramassant les longs cheveux
noirs de Wufei et en commençant à les frictionner. Il allait...
Il allait...
Il allait fondre si Heero n'arrêtait pas immédiatement de lui
masser le crâne comme ça.
Les mains savantes lui envoyaient des frissons le long du dos, jusque dans
les reins, et il se retint de s'arquer sous la caresse à grand-peine.
Wufei, lui, ne se privait pas de pousser de petits soupirs d'appréciation
régulièrement.
Les cheveux de Wufei étaient plus épais que les siens, mais si
lisses... D'ailleurs ils lui rappelaient un peu la crinière de Fei Long.
Il lui fallut autant de temps pour les laver que Heero eut besoin pour laver
les siens, pourtant deux fois plus longs.
Bon, ok, il était de mauvaise foi; il avait envie de jouer avec les
cheveux de Wufei à peu près autant que Heero avait envie de jouer
avec les siens. Le Chinois ne protestait pas, un petit sourire serein sur les
lèvres, les yeux fermés. Peut-être qu'il s'était
endormi. Duo pouvait le comprendre. S'il n'y avait pas eu un petit quelque chose
d'électrisant dans le frottement doux des mains sur son cuir chevelu,
lui aussi se serait laissé aller dans l'eau chaude.
Finalement, après les avoir lavés et rincés trois fois,
Duo dut admettre qu'il avait fini sa tâche.
Sauf que Heero avait apparemment décidé de lui laver le dos aussi.
Ou alors c'était un massage, il n'était pas très sûr.
Quoi qu'il en soit, ce n'était pas très gentil d'en recevoir un
et de ne pas le transmettre à Wufei aussi. Après tout, il n'avait
pas pu se laver avant d'entrer dans la baignoire, il devait se sentir sale.
Avec un soupir de bien-être, le Chinois se pencha en avant, croisa ses
bras sur le rebord de la baignoire, et posa sa joue sur ses bras, offrant son
dos. Le bout de la queue entre ses omoplates, un autre dragon descendait sa
colonne vertébrale. L'eau était juste assez claire pour laisser
deviner que l'une de ses pattes griffues suivait la courbe de sa fesse avant
que le corps sinueux ne s'enroule autour de son autre cuisse.
Duo se rendit compte qu'il était en train d'admirer la manière
dont le tatouage était mis en valeur par la courbe de la fesse musclée
de Wufei et releva la tête, fixant son regard sur sa nuque, s'immergeant
de nouveau dans le lavage vigoureux de son dos. Un moment il craignit que Heero
ne lui fasse une remarque, mais l'adolescent ne dit rien, et finalement Duo
se détendit à nouveau.
Enfin, la majeure partie de lui se détendit. Toute sa tension semblait
s'être réfugiée dans une certaine partie de son anatomie.
Il se morigéna avec enthousiasme. Ce n'était pas le moment, c'était
un homme, c'était Wufei, son amant était juste derrière
lui.
Bizarrement les deux dernières raisons qu'il se donnait ne faisaient
qu'empirer les choses.
Mais il était impossible de rester tendu et nerveux quand on était
soumis au massage savant de Heero, extrêmement plaisant mais pourtant
entièrement platonique, ou quand on avait ses mains sur un Wufei qui
souriait toujours, ses masques de réserve noble et d'amusement hautain
totalement disparus.
C'était une différente sorte de sensualité de celle à
laquelle une vie de soldat l'avait habitué.
Finalement, ce fut Heero qui mit fin au moment.
-Mes doigts sont tout ridés, commenta-t-il calmement. Je crois qu'on
est propres.
-Je crois aussi, commenta Wufei en ouvrant les yeux comme à regret.
Il se redressa lentement, laissant à Duo le temps de libérer
ses mains de ses lourdes mèches, et se releva. Les yeux de Duo glissèrent
le long du dragon, le suivant cette fois jusqu'au bout.
Heero se releva à son tour, laissant Wufei l'aider à enfiler
un yukata et le frictionner pour le sécher. Duo resta prudemment dans
l'eau, les observant se sécher mutuellement.
-Duo-san? L'appela Wufei en tendant un autre yukata pour lui.
L'Anglais eut un petit sourire gêné, persuadé qu'ils savaient
tous deux très bien pourquoi il refusait de sortir du bain maintenant.
-Heu...
-On devrait plutôt aller allumer le feu dans la chambre et préparer
le futon, pour pouvoir se mettre sous les couvertures tout de suite, commenta
Heero avec un tact inattendu. Tu nous rejoindras, Duo?
-... Bien sûr. Je... Je dois encore me sécher les cheveux.
Les deux asiatiques quittèrent la pièce, le laissant seul dans
l'eau s'attiédissant, avec ses cheveux trempés et son corps se
plaignant lourdement du manque général d'attention.
oOo
Quand il pénétra dans la pénombre de la chambre, avec
le feu comme seul éclairage et le bruit de la pluie tombant à
seaux sur le toit, il dut lutter contre sa nervosité. Il se sentait comme
une jeune servante vierge suivant pour la première fois son seigneur
dans sa chambre, nerveux et excité à la fois. C'était ridicule.
Il n'était ni vierge, ni une jeune fille, et il n'allait rien se passer
du tout. Surtout pas avec deux hommes.
Mais l'atmosphère de la pièce lui faisait battre le cur
à en concurrencer le bruit de la pluie.
Et il y avait une place dans le futon, entre Heero et Wufei. Une place pour
lui.
Ce n'était pas la première fois; les deux nuits précédentes,
il les avait aussi passées entre eux deux. Pourtant, c'était totalement
différent.
Il hésita au pied du futon, les regardant le regarder.
Ils n'avaient pas l'air d'attendre quoi que ce soit de lui, ils ne le jugeraient
pas s'il choisissait de s'exiler de nouveau à l'une des extrémités,
alors il se glissa entre eux deux.
Son cur lui battait dans la gorge. Il avait peur autant qu'il se sentait
tenté, et s'il essayaient quoi que ce soit, il ne savait pas s'il résisterait.
Ils ne tentèrent rien pendant un long moment, se contentant de respirer
avec lui, de somnoler dans la chaleur partagée du futon. Le feu mourut
doucement, ses lueurs rougeâtres dansant sur le plafond.
Et puis Heero se tourna lentement sur le côté pour déposer
un baiser ensommeillé sur un coin de sa clavicule que le yukata mal refermé
dévoilait, et les doigts de Wufei glissèrent sur sa paume pour
lui prendre la main, et il ferma finalement les yeux et s'endormit enfin.
[Où les garçons nagent et siestent] [Où l'on angste. Beaucoup.]
Omake!! (ne pas lire si vous voulez pas casser l'ambiance XD)
Heero: /Putain, je rêve, il s'est endormi. Je t'avais dit qu'on allait
trop lentement!!/
Wufei: /on parle de Duo de Maxwell, coincé du cul notoire, on ne PEUT
pas aller trop lentement!/
Heero: /Bah si, la preuve. Je l'embrasse et il s'endort, c'est flatteur tiens!!/
Wufei: /Ca prouve qu'il te fait confiance.../
Heero: /au cas où... C'est pas confiance que j'veux qu'y
m'fasse./