Le feu sous la glace

By Asuka

Eh oui, je m'attaque à Bastard, gniark gniark gniark…Cette histoire est une version écrite d'une toute petite bédé de cinq pages que j'ai fait y a pas très longtemps, que je trouvais trop mignonne. Elle répond à cinq petites remarques que je me suis faites sur les rapports entre Kal Su et D.S, et qui, mises ensemble… Hum, bref:
_ Leur comportement, et les positions qu'ils prennent, que je trouve pour le moins suggestives, dans le volume 12 ( quand Kal se délivre de l'emprise d'Anthrax pour ne pas faire de mal à son cher D.S… )
_ La fidélité à toute épreuve de Kal, quoi qu'il arrive (enfin, quand il est pas ensorcelé.) et le fait qu'il ne soit pas du tout effrayé par le fait de mourir pour lui.
_ La jalousie de Ney envers mon p'tit mage des glaces à mouah ( mais si, elle est dégoûtée qu'ils tiennent autant l'un à l'autre, elle dit d'ailleurs à un moment que c'est la seule raison qui fait qu'elle ne peut pas blairer mon p'tit Kal.)
_ Le fait que Kal déteste les femmes ( dixit Sheila Eeli, " Maître Kal déteste les femmes, il ne peut pas y en avoir parmi ses généraux, d'abord, na!!")
_ Et enfin, la haine de Kal pour le mot "amour", et son impossibilité à penser que d'aimer ce n'est pas seulement souffrir( volume quinze je crois) (bah oui, la maman elle explique pas tout ! ) ^_°

Le feu sous la glace

Kal soupira. Le type qui l'avait embarqué avec lui, D.S, était encore bourré… ça commençait à bien faire! Est-ce qu'il se soûlait comme ça tous les soirs ou quoi? Si c'était le cas Kal ferait bien d'en prendre vite l'habitude… Ca faisait seulement deux mois que ce drôle de wizard l'avait recueilli à côté du village en ruines…
Celui qu'il avait détruit par réflexe quand ses habitants avaient tenté de l'exterminer, ayant été avertis par leur vieille voyante que le gentil garçon si calme et si secret qui se cherchait une petite place dans leur village n'était pas entièrement humain.
C'était le même résultat à chaque fois que quelqu'un tentait de s'en prendre à lui. Il ne voulait pas tuer, il trouvait ça atroce, mais il ne pouvait pas s'en empêcher, poussé par son énorme instinct de survie à anéantir tous ceux qui lui voulaient du mal. Il avait bien essayé de rester à l'écart de toute civilisation depuis qu'il avait perdu sa mère (depuis qu'il l'avait tuée), mais son besoin de voir des gens finissait souvent par le pousser à l'imprudence… Et voilà, il avait encore détruit des vies ce jour là, des imbéciles intolérants, certes, mais qui n'avaient pas mérité de mourir… Surtout pas comme ça… Ce qu'il détestait le plus dans ce pouvoir qui l'habitait, qui l'habitait comme un parasite, comme un étranger dans son propre corps, c'était cette manière atroce de se débarrasser des menaces qui pesaient sur lui, de les déchiqueter, de leur faire exploser les entrailles, de leur geler le sang dans les veines, ce qui faisait éclater leurs membres de l'intérieur, de les laisser, vivants, avec des moignons couverts de glace, dont les bouchons de sang congelés dans leurs artères ne tarderaient pas à fondre pour les laisser se vider dans la neige qui se formait toujours quand il utilisait son pouvoir…

_ Kal, tu dors? passe-moi l'eau, j'ai soif!! demanda pour la troisième fois la petite elfe noire, assise à côté de lui.
_ Oh, excuse-moi, Ney, répondit vivement le garçon en se secouant pour chasser ces souvenirs obsédants.
Il lui versa l'eau, puis jeta un coup d'œil au magicien assis de l'autre côté de la table. Il se balançait sur sa chaise en vidant à grandes goulées une énorme bouteille de vin. Et ce n'était pas la première de la soirée… Dark Schneider avait l'air complètement bourré, et ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne s'écroule… Et il faudrait encore qu'il s'occupe de lui.
Kal soupira. C'était rapidement devenu sa fonction officielle: veiller sur D.S quand il était bourré. Bon… D'abord, aller coucher Ney.
_ Tu as fini de manger, Ney? On va au lit, maintenant.
_ Mais y m'a pas fait de bisou… bouda-t-elle.
_ Oh là… soupira le jeune mage des Glaces. T'en as pas absolument besoin, si?
_ Si!! assura-t-elle, entêtée.
_ Eh bien, je t'en ferai un…
_ Bah, non! répliqua-t-elle en faisant la grimace. Moi j'veux mon Darsh!
_ Mais tu vois bien qu'il ne peut pas! soupira Kal, légèrement contrarié. Allez, on ne discute plus, au lit.
_ T'as pas l'droit de m'donner des ordres, t'es pas mon papa!!! gronda l'elfette en se levant d'un bond pour se planter face à lui, poings sur les hanches.
_ Ney, suffit, lâcha Kal de son ton le plus glacé, passablement agacé par la mauvaise volonté de la petite.
Elle grommela, mais elle savait que quand il prenait cet air-là, des choses particulièrement désagréables ne tardaient pas à suivre… Accompagnées la plupart du temps par une baisse brutale de la température. Elle avait assisté à une attaque, un jour… Des orques stupides avaient essayé de s'attaquer à eux, et DS avait laissé le jeune mage se débrouiller seul pour mettre en pratique ce qu'il lui avait appris. Mais, paniqué par le stress d'une vraie bataille, il n'avait pas réussi à lancer un seul sort… Jusqu'à ce que l'un d'entre eux ne réussisse à le projeter au sol et ne tente de l'achever. Tout ce que la petite fille avait réussi à penser ensuite, c'était: Beeeeerk…
Il se leva, et elle le suivit en boudant, furieuse de devoir lui obéir. Elle avait été jalouse de lui dès le premier jour, quand ils l'avaient rencontré. Pourquoi son papa chéri prenait-il la peine de s'occuper de lui alors qu'il avait une merveilleuse fille toute à sa dévotion qui avait besoin qu'il lui consacre tout son temps?
Kal la mit au lit le plus vite qu'il put, ne voulant pas laisser trop longtemps un Dark Schneider bourré seul à la table de la salle à manger. Les Dieux seul savaient ce qu'il était capable de faire comme bêtises. Des plus bébêtes aux plus dangereuses.
_Et tu restes au lit, compris? menaça-t-il. Si jamais je te prends dans les couloirs…
Au moment où il entrait dans la pièce, D.S. bascula en arrière, et s'abattit au sol dans un grand craquement de bois, comme sa chaise claquait sur le sol. Kal se précipita vers le sorcier, anxieux, mais la seule réponse qu'il eut à sa question inquiète sur sa santé fut:
_ J'veux des fiiilles…
Kal fit le tour de la salle à manger du regard, puis décida que, tant pis, la table pourrait attendre le lendemain pour être rangée. Ca ne les tuerait pas… Après tout, ils avaient l'habitude du bazar. Et avant qu'il n'arrive, Ney et D.S avaient vécu dans un vrai bordel permanent, car c'était l'elfette qui se chargeait seule de la majeure partie du travail domestique; DS la laissait faire, trop occupé à les enlever pour remarquer comment au juste ses tuniques faisaient pour se laver toutes seules. Le problème, c'était que la petite ne pouvait pas se charger de tout, surtout à son âge, et si, après son arrivée, Kal n'avait pas pris sur lui de faire un peu de ménage…
D.S contempla distraitement le jeune garçon aux cheveux blancs bleuté en se demandant pourquoi il tenait son bras et tirait dessus, puis finit par comprendre que le petit essayait de le relever, et, complaisamment, il essaya de suivre le mouvement. Kal le supporta tant bien que mal jusqu'à la table, et il se laissa tomber sur une autre chaise, puis, le menton tout près de la surface de bois, il considéra pensivement les bouteilles vides.
Kal poussa un soupir à faire tourner les moulins en regardant son mentor affalé sur la table. Il était encore en train de balbutier des choses à propos de filles et de 'ros câââlins. Obsédé, va.
_ Y a pas de filles ici, D.S. Allez, va te coucher.
_ Mais j'veux des fiiiilles…
_ Y en a pas. Je te l'ai déjà dit, répéta Kal d'un ton las. Il y a la vieille cuisinière, c'est tout.
_ Beeeh… Pas une femme, ça, une vieille peau… grommela DS en faisant une moue écœurée.
_ Bon, tu vas te coucher maintenant? demanda Kal en passant un de ses bras autour de ses épaules pour l'aider à marcher.
D.S s'appuya sur lui, et il contracta courageusement tous ses muscles pour supporter le poids du wizard. D.S était grand et musclé, et lui, il n'était encore qu'un adolescent. Mais il était plutôt costaud, en fait… Enfin, c'est ce qu'il se répétait pour ne pas laisser l'homme tomber en plein milieu du couloir. Au fur et à mesure qu'ils avançaient dans le couloir, D.S semblait reprendre un peu de ses esprits, et le sens de l'équilibre, et s'appuyait un peu moins sur lui.
_ J'veux pas dormir tout seul… continuait à grogner D.S. J'déteste dormir tout seul… J'arrive pas à m'endormir quand j'ai les bras vides…
_ Mais je t'ai déjà dit et répété, souffla Kal d'un ton qui devenait de plus en plus las, qu'il_n'y_a_pas_de_filles_ici. Point, c'est tout.
_Mais y a toi… souffla Dark en approchant son visage de celui du jeune homme, son haleine caressant sa joue.
_ Hein?! s'exclama Kal, pensant avoir mal entendu.
_ Tu dors avec moi? lui demanda le wizard en lui faisant des yeux de biche.
_ Ca va pas la tête?! s'exclama Kal en se dégageant vivement du bras de Dark qui pesait sur son épaule.
Le magicien perdit l'équilibre et dut s'appuyer sur le mur du couloir. Il resta là à regarder le jeune homme, un drôle de sourire aux lèvres.
Rougissant, Kal s'avança vers la porte à double battants de la chambre du wizard et l'ouvrit d'une poussée, tentant de reprendre le contrôle des battements de son cœur. D.S était complètement ivre, c'était tout, il ne se rendait pas compte de ce qu'il proposait. Il avança dans la grande pièce vers l'immense lit à baldaquin pour défaire les draps, car le wizard, bourré comme il était, y mettrait sûrement trois siècles pour finir par s'endormir dessus.
Il n'en était plus qu'à trois pas quand il sentit deux bras forts et musclés se refermer sur lui, un autour de son torse, et l'autre autour de sa taille.
_ Mmmm, ronronna Dark en penchant la tête pour effleurer sa nuque dégagée de ses lèvres.
Kal se crispa, paralysé par la surprise, puis fit volte-face et se dégagea violemment, repoussant le wizard, les joues brûlantes. Malheureusement, il n'avait pas prévu deux choses. D'une, celui-ci avait repris contrôle de son état, et s'il était toujours chancelant, il ne l'était pas assez pour tomber, ce qui fit qu'en le poussant, alors que D.S était plus lourd que lui, ce fut lui qui recula, et non l'inverse; de deux, il était tout au bord du lit, et il n'avait nulle part où reculer.
Il perdit l'équilibre et chuta sur le dos sur le matelas. Il n'eut pas le temps de se relever qu'un corps dur s'appuyait sur le sien, l'emprisonnant dans ses bras. Il se débattit brièvement, mais sans résultat autre que de sentir l'étreinte de D.S se resserrer autour de lui.
_ D.S, arrête!!! Ca va pas?! C'est moi, Kal! D.S, lâche-moi, ça suffit!!
Mais la seule réponse qu'il eut à ses récriminations alarmées fut une main experte se glissant sous sa tunique et caressant son ventre à la peau fine et douce, si sensible, tandis que l'autre main s'échinait sur les lacets de sa tunique. Il se débattit encore, mais plus il se débattait et plus les grandes mains chaudes du magicien du feu le caressaient passionnément. Il ne put retenir un cri quand elles trouvèrent ses mamelons et commencèrent à les titiller, caressant, pinçant doucement la chair tendre…
_ Dark!!! cria-t-il, essoufflé, tentant désespérément de s'enfuir.
Il renversa la tête en arrière en un effort pour échapper à l'étreinte de son maître, mais ne fit que lui ouvrir la voie jusqu'à son cou.
_ Ha! Aah!
Les lèvres brûlantes du wizard caressaient sa peau, et il frémit quant il lui embrassa la gorge, un chaud baiser humide…
_ Dark, je t'en prie… Je suis un garçon, pas une fille!!! T'aimes les filles, tu te souviens!!
Le magicien, sans écarter son visage du cou de son apprenti, consentit à lui répondre, son souffle torturant la peau sensibilisée de Kal.
_ Et alors? Ce n'est pas parce que j'aime les filles à la folie que je déteste forcément les garçons…
Il se redressa sur les coudes, et lança un regard malicieux au jeune homme rougissant, puis se pencha encore sur son cou.
_ Et puis… T'es mignon, Kal…
Kal rougit violemment sous le commentaire, et il fut illuminé par la compréhension soudaine que ce n'était pas une erreur de D.S, qu'il savait parfaitement ce qu'il faisait…
Une main caressa lentement son torse.
_ Un peu "plat", mais mignon…
La main descendit sur sa hanche, les doigts se glissèrent sous la ceinture de son pantalon, lentement, le faisant geindre de surprise sous le drôle de frisson qui lui chatouillait les côtes.
_ Dark… gémit Kal, ne sachant que faire.
Il avait fermé les yeux, apeuré, mais quand il les rouvrit, il plongea dans ceux, si bleus, de D.S. Un bleu si intense, comme un ciel d'été…

Les yeux de Kal, d'habitude d'un bleu clair glacé, s'étaient considérablement réchauffés quand D.S posa ses lèvres sur les siennes.

Le gilet gris de Kal atterrit sur le parquet, promptement suivi par son pantalon, puis par celui de D.S. Kal eut une dernière pensée cohérente, à savoir "heureusement que la chambre de Ney est trop loin pour qu'on la réveille…".
Puis il ne pensa plus à rien.

***
Ce fut le bruit de la pluie résonnant sur l'appui de la fenêtre qui le réveilla. C'était l'aube, et la lumière grisâtre emplissait la chambre, passant par les volets mal refermés. La chambre était froide et humide, les murs de pierre peu propices à la conservation de la chaleur.
Mais Kal avait chaud, lui.
Pas étonnant, il était dans les bras de D.S, se rappela-t-il avec un sursaut. Il se retourna pour voir le visage du magicien, qui s'était endormi lové contre son dos, un bras autour de son ventre et l'autre replié sous la tête. Deux ou trois mèches blanches barraient la figure du wizard, et il les repoussa lentement pour pouvoir apercevoir son expression.
Il était calme, détendu, heureux…
Pourquoi ne pouvait-il se sentir pareil? se demanda Kal. Sa première nuit d'amour avait été une grandiose réussite, surtout grâce à l'art consommé de Dark Schneider.
Et pourtant, il n'arrivait pas à se sentir heureux, seulement mélancolique. Mais il savait pourquoi. Il avait trop l'habitude de perdre tout ce à quoi il s'attachait. Il ne supporterait pas de perdre cet homme à présent. De l'amitié, passe encore, c'était quelque chose qu'il pouvait ressentir sans trop de risques, mais il savait bien qu'après cette nuit, son cœur appartenait définitivement à Dark Schneider… S'il le perdait, que ferait-il? Ou pire… S'il le rejetait?
Il savait tout aussi bien qu'il n'avait été qu'une exception, que D.S n'avait pas tellement d'attrait pour les garçons, mais que son visage et son corps mince pouvaient, à la rigueur, être un substitut passable… Et que de toute façon, D.S et fidélité faisaient trente-six mille.
Il s'arracha à la chaleur émise par son compagnon et se releva, puis se rhabilla lentement, ses pensées tourbillonnant confusément dans son cerveau. Que faire, à présent? Rien ne pourrait plus jamais être pareil entre eux deux, plus jamais.
Kal s'approcha de la fenêtre pour regarder l'eau tomber du ciel, et posa ses paumes sur la vitre glacée. Elle semblait absorber toute la chaleur résiduelle de cette folle nuit, et le froid qu'il connaissait si bien gagnait ses mains, ses bras…

***
Quand Dark Schneider se réveilla, avec une gueule de bois à s'en taper la tête contre les murs, il ne se rendit pas tout de suite compte de la présence de Kal sur le rebord de la fenêtre. Il fallut que celui-ci lui adresse la parole pour qu'il s'aperçoive qu'il n'était pas seul.
_ Salut, D.S… dit-il d'une voix lente et avec un ton un peu mélancolique.
_ Kes'tu fais là, toi? demanda D.S, surpris de sa présence, mais bien plus préoccupé de son mal de crâne.
Kal se pétrifia comme il était, assis sur le rebord de la fenêtre et une main sous le menton. Il lui fallut bien trente secondes avant de pouvoir demander d'une voix étranglée:
_ Tu ne te rappelles pas de ce que tu as fait hier soir?
_ Ben… répondit Dark en ébouriffant ses longs cheveux blancs. Franchement, mis à part que j'me suis bourré la gueule…
_ Je le savais, murmura Kal, tandis qu'une larme roulait sur sa joue, aimer, ça ne sert à rien…
_Quoi? demanda D.S.
_ Non, rien, répondit Kal en se laissant tomber de l'appui de la fenêtre et en se dirigeant vers la porte.
" Après tout, c'est peut-être mieux comme ça… "

Avant de passer la porte, il se retourna une dernière fois, jetant un coup d'œil au magicien, toujours affalé tête dans ses mains.
_Tu ne m'as pas demandé de t'aimer, et tu ne peux pas être mien comme je suis tien, D.S., mais qu'importe, chuchota-t-il; je t'appartiens.
_Heiiiiiiiiin?
_Rien, sourit le blondinet, d'un triste sourire résigné.
Il fallait reprendre la routine, à présent; Ney attendait son petit déjeuner.

Fin